LES JUIFS DES DEUX-SEVRES DE 1940 à 1944 et les

persécutions antisémites des Allemands et de Vichy.


En hommage à Ida Grinspan et à Jean-Marie Pouplain

Lycée Jean Macé, Niort. Terminales ES 2011-2012

" La route d’Auschwitz fut construite par la haine mais pavée d’indifférence." Ian Kershaw, historien.
"Il existe dans tout service étatique hiérarchisé, un circuit continu de l'autorité qui est en même temps un circuit continu de la responsabilité." Edgar Faure, Procureur adjoint au Tribunal de Nuremberg, 1945.

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LE TEMPS DES RAFLES

Mise en perspective

Les rafles des Juifs de France ont commencé dès 1940-1941, d'une part en application de la décision de Vichy du 4 octobre 1940 d'interner les Juifs étrangers, puis en 1941 à l'initiative des Allemands en zone Nord. Dans ce dernier cas, seuls des hommes sont arrêtés et internés, notamment à Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Drancy.

A partir de 1942, les rafles s'inscrivent directement dans le processus de destruction des Juifs d'Europe. Les premiers convois partent en mars à destination des centres de mise à mort installés sur le territoire de la Pologne occupée ou annexée, principalement Auschwitz. Les camps d'internement en France se vident rapidement, et ils sont aussitôt remplis par les rafles de familles entières de Juifs étrangers d'abord, auxquels s'ajouteront par la suite des Juifs français. La rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942 marque – en France – ce tournant hautement symbolique du déclenchement à l'échelle européenne du processus de la "Solution finale du problème juif", autrement dit l'organisation de la destruction totale des Juifs d'Europe, en application des dispositions de la conférence de Wannsee de janvier 1942.

Depuis longtemps, on sait que ce n'est pas à cette conférence présidée par Reinhard Heydrich qu'a été prise une décision aussi radicale. Celle-ci ne pouvait relever que d'Hitler. Aucun ordre écrit ne subsiste, et la consigne fut probablement orale. La majorité des historiens la situent à l'automne de 1941, alors que des centaines de milliers de Juifs sont morts affamés, malades, dans les ghettos d'Europe de l'Est et surtout fusillés par les Einsatzgruppen, les groupes mobiles de tueries, épaulés par la police et la Wehrmacht dans les régions soviétiques envahies après le déclenchement de l'opération Barbarossa le 22 juin 1941.

Intentionnalistes (le crime avec préméditation) et fonctionnalistes (une radicalisation cumulative où la multiplication les initiatives locales "en direction du Führer" finit par converger et se cristalliser dans un génocide européen auquel Hitler donne son aval) se sont longtemps affrontés pour expliquer le déclenchement de la destruction des juifs d'Europe. Aujourd'hui, ce débat est largement dépassé, et les deux hypothèses, loin de s'exclure, deviennent complémentaires. Il est admis que le rôle personnel d'Hitler est déterminant et qu'il donne le signal ultime en conformité avec sa prophétie – autoréalisatrice – du 30 janvier 1939.

Ce jour là, s'adressant au Reichstag, Hitler déclare :

« Dans ma vie, j’ai très souvent été prophète, et la plupart du temps on m’a tourné en dérision. Au temps de ma lutte pour le pouvoir, c’étaient surtout les Juifs qui riaient de m’entendre prophétiser que je serais un jour le Chef de l’Etat et du peuple allemand tout entier, puis que, entre autres choses, j’apporterais sa solution au problème juif. Je crois que ces rires creux d’alors restent déjà en travers de la gorge de la juiverie d’Allemagne. Je veux être à nouveau prophète : si la juiverie financière internationale, en Europe et à l’extérieur, devait parvenir à plonger une fois de plus les nations dans une guerre mondiale, il en résulterait non pas la bolchevisation de la terre et donc la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement (Vernichtung) de la race juive en Europe ! »

Les différents projets de déportation des Juifs ont été abandonnés, le dernier en date étant le refoulement – forcément meurtrier – des Juifs vers l'intérieur de l'URSS. L'échec de la Blitzkrieg en URSS le rend impossible. La guerre se mondialise avec le soutien de plus en plus affirmé des Etats-Unis aux adversaires du Reich en 1941, Royaume-Uni puis Union soviétique. Le 7 décembre 1941, les Etats-Unis agressés à Pearl Harbor entrent en guerre, et l'Allemagne leur déclare la guerre le 11 décembre. L'issue militaire de la guerre devient incertaine. Or, pour Hitler et les nazis, cette guerre est un affrontement entre la juiverie dirigeante ou manipulatrice des Alliés, judéobolchevisme ou ploutocratie anglo-saxonne, et l'Allemagne. Ce sont les Juifs qui donnent leur unité à la Grande Alliance qui se dessine. Et en Europe occupée, des millions de Juifs sont autant d'ennemis qui peuvent faire craquer le front intérieur, nourrir la résistance. Les circonstances surdéterminent la concrétisation d'une intention très tôt affirmée, dès les années 1920, que les Juifs doivent disparaitre d'Europe. Dans une lettre du 3 juillet à en tête du NSDAP au major Konstantin Hierl, Hitler écrit :

"Le Juif en tant que ferment de décomposition (selon Mommsen) n’est pas à envisager comme individu particulier bon ou méchant, [il est] la cause absolue de l’effondrement intérieur de toutes les races, dans lesquelles il pénètre en tant que parasite. Son action est déterminée par sa race. Autant je ne peux faire reproche à un bacille de tuberculose, à cause d’une action qui, pour les hommes signifie la destruction, mais pour lui la vie, autant suis-je cependant obligé et justifié, en vue de mon existence personnelle, de mener le combat contre la tuberculose par l’extermination de ses agents. Le Juif devient et devint au travers des milliers d’années en son action une tuberculose de race des peuples. Le combattre signifie l’éliminer."

En novembre 1941, autour du 9 une date hautement symbolique – 9 novembre 1918, 1923, 1938 – Hitler déclare à ses proches : "nous pouvons vivre sans les Juifs" (Edouard Husson); dans l'entrée de son journal du 13 décembre, Goebbels rapporte les propos d'Hitler du 12 décembre : "En ce qui concerne la question juive, le Führer est résolu de faire table rase. Il a prophétisé aux Juifs qu’ils subiraient leur destruction s’ils provoquaient encore une fois une guerre mondiale. Ce n’étaient pas de vains mots. La guerre mondiale est là, la destruction des Juifs doit en être la conséquence nécessaire. Cette question est à considérer sans aucune sentimentalité. Nous ne sommes pas là pour éprouver de la pitié pour les Juifs, mais uniquement pour notre peuple allemand. Puisque le peuple allemand a encore sacrifié 160 000 morts sur le front de l’Est, alors les véritables responsables de cette guerre sanglante doivent le payer de leur vie."

La conférence de Wannsee, convoquée en décembre, a été reportée en janvier. Elle permet à Heydrich de s'assurer de la coopération de l'ensemble de la haute administration allemande sous l'égide des SS pour mener à bien la "solution finale". Et il s'agit désormais de mobiliser les collaborateurs de tous les pays occupés ou sous tutelle du Reich, au premier rang desquels Vichy, sa police et sa gendarmerie. Il rencontre un écho favorable du côté de Laval, qui relance la collaboration depuis son retour en avril et souhaite publiquement en juin la victoire de l'Allemagne. Et Vichy "maintient ses objectifs initiaux: affirmation de la souveraineté française dans la conduite du maintien de l'ordre, volonté de débarrasser le territoire français des juifs étrangers.[…] le 6 mai 1942, René Bousquet, le nouveau secrétaire général à la police […] rencontre Heydrich à Paris.[…] Il obtient un surcroît d'autonomie pour la police française en échange d'une coopération contre les "ennemis communs". Un mois plus tard, le 2 juillet, Bousquet et Oberg mettent au point un accord général sur les questions policières. […] En échange de la pleine coopération de la police française, il obtient également que seuls les juifs étrangers des deux zones soient arrêtés dans un premier temps. Alors que les nazis n'exigent pas encore les enfants, Vichy les livre de surcroît." 1 La logique de la collaboration d'Etat et l'antisémitisme de Vichy conduisent l'Etat français à se rendre complice du pire. Dans les semaines suivnates, il livre 10 500 Juifs étrangers internés dans les camps de la zone sud, et ses forces de police et de gendarmerie raflent des Juifs dans toute la France occupée, 12 800 à Paris lors de la rafle du vel' d'Hiv' les 16 et 17 juillet 1942, et des milliers d'autres en province, notamment dans la région Poitou-Charentes-Vendée. Ces Juifs sont conduits dans des camps d'internement déjà existant devenus de camps de transit ou directement à Drancy, d’où partent la plupart des convois vers les centres de mise à mort.

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Les mesures de concentration en France prennent la forme de l'internement dans des camps, dès le 3 octobre 1940 pour les Juifs étrangers à instigation de Vichy, et en zone nord à partir de 1941 lorsque les premières rafles sont ordonnées par les Allemands et exécutées avec l'aide des Français.

Pour la région Poitou-Charentes-Vendée, les Juifs sont internés dans le camp de Poitiers, sur la route de Limoges. Il a été ouvert en octobre 1939 pour héberger les réfugiés espagnols. Dans son étude sur les camps d'internement en Poitou-Charentes et Vendée, 1939-1948 2, Jacques Perruchon explique que "le camp se vide de ses occupants lors de l'invasion allemande de juin 140. Fin 1940, le commandant de la Feldkommandantur 677 de Poitiers fait ouvrir de nouveau le camp pour y interner des nomades. Début décembre arrivent en plusieurs vagues les tsiganes et autres gens du voyage de toutes nationalités, comme les employés de cirque. […] En tout plus de cinq cents personnes. […] Les conditions de vie de ces quelques cinq cents internés sont abominables: nourriture affreusement insuffisante, environnement transformé en véritable bourbier, incroyable surpeuplement des baraques envahies par la vermine."

Le camp est dirigé et gardé par des gendarmes français. Des Juifs arrêtés dans la région y sont internés à partir du 15 juillet 1941. "Au 1er décembre 1941, il y avait au camp 801 internés: 452 nomades, 322 Juifs et 27 Espagnols. Au 1er juillet 1942, ils étaient 841, dont 368 Juifs. Le 9 septembre 1942, la garde est renforcée."3 En 1942, les grandes rafles commencent, et le camp va devenir l'étape de beaucoup de Juifs arrêtés avant leur transfert à Drancy.

Stèle à l'emplacement du camp d'internement de l'avenue de Limoges, à Poitiers. Dominique tantin.

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Deux rafles majeures sont effectuées dans le département des Deux-Sèvres sur injonction de l'occupant et organisées par l'administration préfectorale française alors dirigée par Roger-Machart, en fonction à Niort du 14 novembre 1941 au 8 février 1943 et M. Gomot (24/01/1944 - 09/1944)

Les Juifs sont arrêtés par des policiers et des gendarmes français.


la rafle du 9 octobre et les arrestations du 9 novembre 1942.

Le document ci-après est la traduction française des consignes émanant du Sipo-SD de Poitiers en date du 7 octobre 1942 et transmises par l'administration préfectorale jusqu'à l'échelon de la police municipale de Niort et des brigades de gendarmerie.

Elles préludent à la première rafle qui vise des Juifs étrangers "hommes, femmes et enfants, sans considération d'âge, appartenant aux nationalités ci-dessous" (Cf. document) et se déroule dans la nuit du 8 au 9 octobre 1942.

Archives départementales des Deux-Sèvres.

Une autre note du 7 octobre 1942, du Préfet de Région au Préfet des Deux-Sèvres, précise que: "les enfants nés de parents étrangers mais de nationalité française ne doivent pas être arrêtés. Cependant les enfants de moins de 6 ans seront laissés à leurs parents quel que soit leur nationalité."4

Voici quelques procès-verbaux d'arrestations de familles entières et d'une personne vivant seule.

A Saint-Florent les Niort, une commune aujourd'hui rattachée à Niort, au 1 rue Coussot, les gendarmes de la brigade de Niort, à 5h30 du matin, arrêtent des familles juives d'origine polonaise. Dans l'ordre du procès-verbal, d'abord la famille Flinger (David, 69 ans; Léa, née Golsayd, son épouse, 67 ans, et 2 de leurs petits-enfants, nés en France, Sabine, 9 ans, et Léon, 5 ans); à Surimeau, commune de Sainte-Pézenne (aujourd'hui rattachée à Niort) la famille Liebermann (Salomon, 47 ans; Françoise, 9 ans, Amélie, 15 ans et Marc 11 ans); au 251 avenue de la Rochelle à Saint-Florent la famille Vollman (Maximilien, 60 ans et son épouse Sabina née Blanfuchs, 51 ans). Sont également arrêtés Richard Fligelman (16 ans) et sa sœur Louise (13 ans), également domiciliés au 251 avenue de La Rochelle, neveu et nièce de Maximilien et Sabina Vollman; enfin les gendarmes arrêtent au 31 avenue Saint Jean à Saint-Florent Ignace Waldkirch (45 ans) et Hélène Waldkirch 17 ans).

Archives départementales des Deux-Sèvres.

Nous disposons du témoignage de Louisette Fligelman, élève au Lycée Jean Macé, lycée de jeunes filles de NIORT, de 1939 à 1942, sur les circonstances de son arrestation.

"Notre arrestation fut plutôt mouvementée.

Mon oncle et mon frère avaient-ils prévu de sauter le mur du fond du jardin, quand on viendrait les chercher dans l'intention de gagner Saint- Symphorien, où mon frère avait un ami ? Obéirent-ils simplement à l'instinct de conservation ? Je l’ignore car, pour m’épargner, l’on évitait, à la maison, d'aborder en ma présence ce genre de sujet. Mais j’étais consciente, à tout moment, du danger qui nous menaçait.

Toujours est-il qu’ils franchirent ce mur et coururent à travers champs, bientôt poursuivis dans les gendarmes. Mais très vite ils se rendirent, ne pouvant supporter l'idée de nous abandonner, nous les femmes.

Ils durent alors traverser la ville, menottes aux poignets, « comme des gangsters », commenta mon oncle, les larmes aux yeux. Leur vue me causa un grand choc.

Quant au gradé de la Gendarmerie, qui habitait à quelques maisons de nous et chez qui mon oncle écoutait chaque soir Radio-Londres, je ne pense pas qu’il ait prévenu ma famille de l’imminence de notre arrestation. Car même si les miens avaient voulu me préserver, m’assurer une dernière nuit tranquille, j’aurais sûrement senti la tension monter; j’aurais deviné. Longtemps j’en ai voulu à cet homme. Je me dis maintenant que les jeux étaient faits car mon frère, qui avait plus de chances de réussir cette évasion, aurait refusé la liberté pour lui seul.

Dans le courant de la matinée, nous fûmes embarqués dans des cars et emmenés à Poitiers. Mais j’avais besoin, sans doute, pour me remettre de mes émotions, de m’abstraire du monde extérieur : de ce voyage, je ne garde aucun souvenir."5

Puis elle évoque son internement à Poitiers et son transfert à Drancy.

Au camp de Poitiers

Curieusement, j'ai conservé du camp de Poitiers trois souvenirs lumineux. Car j’y vis à l’œuvre la gentillesse, la bonté dont les hommes sont capables : dans ces circonstances et en ce lieu, elles me touchèrent profondément. J’y fus sensible aussi à la radieuse beauté du ciel.

Cette scène me revient tout d’abord à l’esprit, avec deux gendarmes français dans le rôle principal.

Nous avions le droit de quitter notre baraquement pour circuler dans l'enceinte du camp – mais, comme d’ordinaire, cet après-midi-là, un grand nombre d'entre nous restait vautrés sur la paille (nous n'avions ni lits ni matelas). Soudain une rumeur courut : la direction allait procéder à une fouille pour confisquer argent, bijoux, alliances.

Le réflexe fut de les enfouir dans cette paille, où ils auraient été immédiatement découverts car notre couche n'avait que quelques centimètres d'épaisseur.

Plutôt par gestes qu’avec des mots, les deux gendarmes firent comprendre que nous pouvions les cacher dans leur poche. Et ils rendirent le tout, aussitôt l'alerte passée.

Je suis persuadée qu'ils prenaient ce risque de façon totalement désintéressée, sans songer à une rémunération ; ils la refusèrent du reste, quant elle leur fut offerte. La bienveillance à notre égard me réconforta.

Un autre jour, je vis mon oncle en grande conversation avec un prêtre catholique, le Père Fleury – ce qui me surprit beaucoup. Il me présenta. En fait, il implorait cet ecclésiastique d'intervenir auprès des autorités en faveur de ses neveux, son désir le plus cher étant de nous sauver.

J’étais très gênée par cette démarche car tant d'autres enfants et adolescents partageaient notre sort... Eux aussi méritaient d'être libres et de vivre !

Mais nous étions, aux yeux de notre oncle, un dépôt très précieux que lui avait confié sa jeune soeur morte. Malgré mon intransigeance d'adolescente, je dus m'incliner.

Le prêtre promit et fit, j'en suis sûre, son possible.

La même demande fut certainement adressée au rabbin Elie Bloch, du camp de Poitiers car, comme l’atteste une lettre envoyée à l’Union générale des Israélites de France, il s'efforça d'obtenir notre libération.

Malheureusement, au risque de passer pour ingrate – ce qui me désolerait -- je dois avouer que je n'ai gardé aucun souvenir de cet homme dont j’ai su depuis qu'il était le dévouement incarné.

Et voici un merveilleux moment que je vécus dans ce camp de Poitiers. J'eus une sorte de vision.

Je me tenais effectivement debout derrière le grillage ; soudain je vis la route qui passait là et les champs à l'infini inondés de soleil. L’air me parut délicieusement léger et parfumée.

Par contre, notre camp restait plongé dans l'obscurité, me sembla-t-il, comme si l’ombre des barbelés s'étendait sur lui et l’étouffait.

Mais je n'étais pas triste car je savais désormais que la beauté du monde demeurait immuable, quelle que fût la folie meurtrière des hommes.

Ces quelques jours de détention n'avaient pas réussi à tarir en moi la source du bonheur. Le désespoir absolu, je le connaîtrai plus tard quand, après mon oncle et ma tante, mon frère à son tour ne serait arraché.

Notre séjour au camp de Poitiers fut bref : très vite, on nous expédia à Drancy.

Notre voyage de Poitiers à Drancy.

Je ne sais combien de temps durera effectivement ce voyage -- mais il me parut bien long, dans notre wagon à bestiaux.

Il me reste comme le souvenir d'un cauchemar, où tout se mêle et se confond. Pourtant, j'entends encore distinctement le claquement des verrous qu’on ferme de l’extérieur, les prières psalmodiées, les gémissements et surtout les sanglots déchirants d'une jeune mère : pour essayer de le sauver, elle a « donné » son bébé à une voisine et, maintenant, elle ne supporte pas cette horrible amputation.

Au fil des heures grandissent la sensation d'étouffer, la crainte de s’avilir.

La hâte d'arriver quelque part, n'importe où, devient une souffrance.

Concernant la famille Waldkirch, un courrier du maire de Saint-Florent en date du 10 octobre informe le préfet du sort des trois enfants, Simone, âgée de14 ans, Germaine, 13 ans, et Jacques, 7 ans. Exclus de la rafle parce que "nés en France", ils sont recueillis par Jean Renaud, "un homme très considéré dans la commune", boulanger avenue Saint Jean, à Saint Florent.

Archives départementales des Deux-Sèvres.

1 Henry Rousso, le régime de Vichy, PUF, Que sais-je ?, Paris, 2007, p. 90-91.

2 Jacques Perruchon, Camps d'internement en Poitou-Charentes et Vendée, 1939-1948, Le Croît vif, Collection Documentaires, Paris, 2003, p. 87-91.

3 Ibid., p. 89.

4 Jean-Marie Pouplain, Les chemins de la honte, Itinéraire d'une persécution, Deux-Sèvres 1940-1944, La Crèche, Geste éditions, 2000, p. 125.

5 Louisette Fligelman, Mes souvenirs du temps de la guerre, Paris, le 21 février 1999. Archives privées (Dominique Tantin).

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